APYRA

“Au sein des armées, jamais rien ne rompra la chaîne qui unit les fils qu’à Saint Eloi Sainte Barbe confia”

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L’histoire du dépôt de munitions de CONNANTRAY et de la  771 Cie Munitions

 

COMMENT LE DEPOT DE CONNANTRAY DEVINT FRANCAIS

Récit du colonel Gaillard (†), sous-Lieutenant au moment des faits, lors de la prise de possession du dépôt de Connantray au nom de la France, après le départ de l’armée américaine

En 1967 l’armée française est dotée de l’arme nucléaire depuis 7 ans et met au point le détonateur- de la future bombe H. La France peut donc affirmer son indépendance militaire car elle a 1a possibilité de se libérer du parapluie nucléaire américain. Le Genéral De Gaulle annonce alors le 7 mars 1967 :     « La France quitte le commandement intégré de I’OTAN », ce qui est fait deux jours plus tard et les américains replient leurs bases françaises en Belgique, Espagne et Italie.

Si les matériels sont évacués sans problème, les infrastructures demeurent, qu’il s’agisse des camps, des bases aériennes ou des dépôts de munitions. Deux de ces derniers, implantés dans l’est, disposent de capacités de stockage importantes et sont aux normes OTAN en matière de sécurité pyrotechnique : Le Rozelier et Connantray.

En ce mois d’aout 1967, il fait beau et les français sont en vacances. A Connantray, les américains ont vidé et abandonné 1es lieux, mais sans en informer quiconque en raison du contexte tendu des relations franco-américaines suite à la décision du général De Gaulle les invitant à quitter le sol national.

La population locale, ne voyant plus « âme qui vive » dans le dépôt, informe donc les autorités militaires de la 63ème Division Militaire Territoriale à Chalons – sur – Marne (1) que ce dépôt a été évacué par l’armée américaine. L’Etablissement Régional du Matériel de Chalons – sur – Marne qui possède un service des munitions à Mourmelon, est alors désigné pour prendre « possession » du dépôt de Connantray. Carte Connantray

Le chef de service, le lieutenant Chamoulaud, étant en permission, c’est donc l’adjoint, le jeune sous-lieutenant Gaillard, qui est aux commandes et qui reçoit l’ordre du directeur adjoint (2), le lieutenant- colonel Derlaincourt, d’aller reconnaître et occuper l’ex-dépôt de munitions américain de Connantray qui se trouve vers Fère- Champenoise.

Voilà pour la mission. Pour les moyens, le chef de service étant absent, j’ai l‘honneur de disposer de la 2 CV du chef et avec l’appoint d’une carte, car Connantray à l’époque m’est totalement inconnu, je mets le cap au sud est, direction Fère- Champenoise par Chalons – sur – Marne et la RD 5.

Selon la carte et les maigres informations que l’on m’a fournies, le dépôt doit se trouver à une trentaine de kilomètres de Chalons – sur – Marne, sur la gauche de la RD 5. Il est constitué de nombreux magasins de type igloo, modèle dont j’ai entendu parler au cours de mon stage d’artificier l’année précédente à I’ESAM, mais que je ne puis qu’imaginer à l’époque où le HLMD (3) est la figure maîtresse de l’architecture des dépôts de munitions du moment.

Bien que le compteur de la 2 CV m’indique que cela fait 30 km que j’ai quitté Chalons – sur – Marne et qu’il fasse beau, c’est-à-dire qu’aucun vent contraire ne freine la progression de mon bolide, je n’aperçois toujours rien à l’horizon.  Cependant, après quelques minutes, se détachent enfin sur ma gauche de grosses buttes de terre. Jusqu’alors, je ne connaissais dans le milieu des pétardiers que le merlon en terre, mais cette fois-ci, progrès notable, le magasin est dessous et il est en béton.

Il faut donc maintenant trouver l’entrée en espérant que le portail ne sera pas fermé et que rien ne m’en interdira l’accès car je n’ai ni clé, ni pince, ni rien qui me permette de forcer le passage. Heureusement, une route apparaît sur ma gauche en direction du dépôt. Je l’emprunte, et après avoir longé ce dernier qu’elle contourne, je me retrouve avec ma 2 CV face à l’entrée du site recherché.

Premier arrêt pour examiner la situation. Dans le bâtiment, à gauche de l’entrée, et qui devait être occupé par des bureaux, personne. Aucun véhicule sur l’axe central. Je peux donc entrer certes avec précaution car quelques pièges pourraient m’accueillir ; mais il n’en est rien. Je fais donc à pied le tour du premier bâtiment, totalement vide, et je m’engage sur la route centrale pour découvrir, côté gauche, un premier ensemble de constructions ceint d’une clôture grillagée fermée. Je poursuis donc, et je pénètre cette fois-ci au cœur du dispositif où m’apparaissent trois immenses magasins desservis par dix ouvertures, car il n’y avait plus de portes à ces magasins. Seule comparaison possible avec nos HLMD, les portes sont aussi démontables et les américains les ont emportées car, malgré leur taille, toutes les recherches effectuées pour les retrouver restent vaines.

Sont-ce vraiment des magasins à munitions en raison de leurs dimensions ? A la réflexion, la réponse est oui, car ils devaient être affectés au parc B (4) et à la 3ème classe pour les anciens, c’est-à-dire aux munitions n’explosant pas en masse, soit pour les artificiers de l’avant dernière génération, aux classes de risque 3 et 4, et pour ceux de la dernière, à la classe de risque 1-2. Aucune comparaison avec le HLM et son sol en terre battue desservi par une piste en terre. Avec les portes que je devine blindées, c’est sûr du point de vue pyrotechnique, robuste, et fonctionnel avec une vaste aire de desserte bétonnée devant. Mais il ne faut pas s’attarder et poursuivre la reconnaissance.

Devant moi, plusieurs routes parallèles relient les rangées d’igloos plus petits et ne possédant plus qu’une entrée dont certains sont dos à dos et les autres face à dos, mais tous semblables dans leur organisation et leurs dimensions, avec une petite cheminée de ventilation à l’arrière, mais toujours sans porte. J’en examine quelques-uns, ils sont totalement vides et semblent en bon état de même que le dépôt dans son ensemble et la clôture, bien que l’herbe non fauchée depuis certainement plusieurs mois ait beaucoup poussé. En matière de stockage, hormis les portes, le dépôt est donc opérationnel.

De retour à Mourmelon, je rends compte de ma mission au directeur adjoint qui cette fois-ci me demande de faire occuper les lieux par un groupe de soldats pour marquer notre présence et éviter que le dépôt ne soit visité par des individus en quête de matériel.

Dorénavant, Connantray appartient à l’armée française. Le problème, c’est qu’il n’y a plus ni eau ni électricité, car 1es installations ont elles aussi été démontées et emportées, et que, pendant quelques mois, les équipes de garde vont devoir nomadiser sur place en attendant que les premiers travaux soient réalisés. Mais c’est l’été, alors on peut camper.

Par la suite, des veilleurs civils dépendant de l’ERGMu de Brienne – le – Château seront embauchés pour assurer la garde, des portes provisoires en tôle seront installées sur les igloos et les bureaux remis en état afin que le dépôt puisse être mis en charge. La gestion des munitions sera initialement assurée par l’ERGMu de Brienne – le – Château puis reprise par la 771ème compagnie munitions tandis que seront aménagés ateliers et garages, puis construit un bâtiment « vie » pour les personnels. Succédant à Brienne – le – Château comme chef du service des munitions au capitaine Léger en 1975, j’aurai pendant 3 ans la responsabilité technique de ce dépôt. Retour aux sources, ainsi va la vie.

Le dépôt de Mailly pouvait alors fermer ses portes car il n’était pas au même niveau d’infrastructure. Les magasins de divers modèles étaient en tôle sur sol en terre battue, l’atelier de visite des missiles SS1 et ENTAC où des centaines de missiles furent testés avant livraison aux unités était installé dans une cellule de camion atelier et le bureau du chef de dépôt, l’adjudant-chef Kostécki, était haubané pour résister au vent.

Un lotissement destiné aux cadres militaires de la garnison de Mailly l’a remplacé et il est vraisemblable que des personnels du dépôt de Connantray continuent à y habiter aujourd’hui.

Les pétardiers, on le voit, n’abandonnent pas le terrain facilement.

Serge Gaillard

 

(1) Châlon/Marne en 1967 avant de se nommer Châlons – en – Champagne.

(2) En août, c’est bien connu, en France il n’y a que les adjoints qui travaillent.

(3) HLMD : Hangar Léger Métallique Démontable mais plus évolué que l’EBR (Etablissement de Brienne) constitué d’une structure en bois recouverte de tôle. Néanmoins quelques magasins spécifiques en maçonnerie existaient et on les retrouve encore à Miramas et à Salbris (dissous aujourd’hui ndlr) : La poudrière type 1906, le magasin étanche et le magasin semi-étanche.

 

HISTORIQUE

La 771ème compagnie munitions est créée le 14 janvier 1954 à Epinal, et assure la gestion des forts de la région. Elle est alors, unité élémentaire du 6ème Bataillon du Matériel de Réserve Générale (BMRG).

Le 1er juillet 1954, le 16ème BMRG prend en compte la 771ème Compagnie Munition (CMu).

Le 16ème BMRG est dissous le 14 mars 1959 et la 771ème CMu devient à nouveau une unité élémentaire du 6ème BMRG.

L’abandon des forts d’Epinal, conduit la 771ème CMU à Etain, où elle ne restera que peu de temps, avant de gagner les casernements du quartier Bonaparte, à Brienne-le-Château le 1er septembre 1969.

La remise en activité du dépôt de munitions de Connantray (ex dépôt US remis aux autorités françaises en 1966) pose la question de sa gestion (1).

La 771ème CMu prends possession de locaux entièrement neufs pour certains, à Connantray, le 5 février 1975, et commence immédiatement à assurer la mise en charge du dépôt de munitions dont elle a la responsabilité.

En 1977, la réorganisation de l’armée va avoir pour conséquence :

  • Le 31/07/1977, la dissolution du 6ème BMT (créer par la fusion du 6ème BMRG et du 9ème BMRG le 1er octobre 1972, ainsi que la dissolution de la 771ème CMu comme unité élémentaire.
  • Le 1er août 1977, la création du 771ème Groupement Munitions (GMu), corps de troupe à part entière, maillon indispensable de la chaine de ravitaillement dans la Brigade Logistique (BL) du 1er Corps d’Armée (CA).

Voir les dates des différents mouvements de la 771 Cie munitions et du Groupement munitions, de la création de la 771 Cie à la fermeture du dépôt. 

Organisation générale

Articulation

Le 771ème GMu est situé sur le territoire de la 63ème Division Militaire. Il forme corps depuis le 1er août 1977.

Unité du Matériel des Eléments Organiques de Corps d’Armée (EOCA) et corps de troupe, il est subordonné :

Sur le plan technique : au colonel, Directeur de l’E.R.GMu. de Brienne – l e -Château.

Sur le plan commandement à la fois :

  • Au Général, commandant le 1er corps d’armée (C.A.) et la 6ème Région Militaire (R.M.)
  • Au Général, commandant et Directeur du Matériel du 1erA. et de la 6ème R.M.

Sur le plan emploi :

  • Au Général, commandant la B.L. du 1erA. et de la 6ème R.M.
  • Au colonel, commandant le Matériel des E.O.C.A. du 1erA.

    Missions

    -Soutien de l’E.R.GMu. de Brienne – le – Château (rôle du détachement technique affecté à Brienne) ;

    – Soutien pour administration du détachement d’exploitation de l’E.R.GMu. de Chemilly – sur – Yonne ;

    – Soutien de toutes les unités en manœuvres au camp de Mailly, ou rattachées territorialement au dépôt de munitions de Connantray ;

    -Mobilisation – le 771ème GMu est le seul groupement munition activé dès le temps de paix sur les deux prévus dans la chaine de ravitaillement de la brigade logistique ;

    – Entretien des stocks de guerre et d’instruction (expéditions, réceptions, organisation des stockages, visites techniques, livraisons, palettisations, destructions, etc…) ;

    – Poursuite de l’instruction TTA et technique des appelés du contingent ;

    – Instruction des réservistes lors des périodes programmées par la Région.

     

    Infrastructure

    La zone pyrotechnique est composée de batiments type Stradley :

    -3 igloos de 2000 m² chacun (10 portes)

    -6 igloos de 500m² chacun ( 2 portes)

    -89 igloos de 185 m² chacun (1 porte)

    -2 igloos de 175 m² chacun (1 porte, utilisés comme ateliers de maintenance par l’armée US).

    Les américains ont quitté le dépôt en détruisant ou en emportant tous les matériels, y compris les portes “anti-souffle” des igloos….De ce fait les capacités de stockage de chaque igloo étaient fortement réduites pour certaines classes de stockage. Il a fallu attendre quelques années (dans les années 1990) pour voir la mise en place de portes conçues par le  STBFT permettant à chaque igloo de retrouver sa capacité optimale de stockage.

     

    GMu Connantray

    DISSOLUTION DU GMU ET FERMETURE DU DEPOT

    Le 30 juin 2016, au cours d’une cérémonie  présidée par le général de brigade Philippe Toubin, directeur du SIMU, en présence du lieutenant-colonel Daniel Dourthe, directeur de l’Etablissement Principal Munitions Champagne-Picardie de Brienne-le-Château, du capitaine Nicolas, commandant d’unité du GMu de Connantray, et des autorités civils et militaires de la région, la dissolution du Groupement munitions de Connantray, situé dans la Marne, à quelques kilomètres de Mailly-le-Camp, est devenue effective.

    La dissolution du GMu avait été prévue depuis décembre 2014 par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, dans le cadre de la rationalisation du service interarmées des munitions. Les personnels civils et militaires du site ont été mutés dans différents établissements militaires du Grand-Est. Une partie est arrivée à l’établissement principal des munitions Champagne-Picardie de Brienne-le-Château

    Le dépôt de munitions de Connantray a été construit par l’armée américaine en 1960, sous l’égide de l’Otan. En 1966, celui-ci était remis aux autorités françaises après la sortie de la France de l’Alliance Atlantique Nord. Trois ans plus tard, un détachement de la 771ème compagnie de munitions de Brienne-le-Château s’implantait sur le site de 250 hectares.

    Durant plusieurs années, « Connantray » a été rattaché à divers établissements de munitions. A la création du service interarmées des munitions en 2011, « Connantray » deviendra un groupement de munitions au sein de l’établissement principal de munitions Champagne-Picardie basé à Brienne-le-Château. Les anciens, civils et militaires, de « Connantray avaient été invités à cette cérémonie.

     

    Bernard LEGROUX, porte drapeau de l’APYRA et ancien personnel du GMu, était bien sûr présent!

    UN NOUVEAU DEPART POUR LE DEPOT 

    L’ancien dépôt militaire de munitions de Connantray qui a cessé ses activités en 2016 vient de trouver un second souffle en 2018. En effet, il s’agit aujourd’hui du plus gros dépôt d’explosifs civils de France. Plus de 200 hectares de terrain, 20 000 m2 de surface de stockage pour une capacité de 5 000 tonnes de produit à entreposer, le tout sur un terrain hautement sécurisé. Le site a été acquis en 2018 par la société EX Logistic et l’autorisation d’exploitation pour le stockage de munitions a fait l’objet d’un arrêté préfectoral en 2020.

    Malgré la crise sanitaire, la société réalise un chiffre d’affaires de 200 000 €, alors que l’activité ne représente pour l’instant qu’une faible proportion de la capacité totale de stockage.

    Source : https: lunion.fr/